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Blocage politique en Espagne : la clé catalane ?

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Depuis maintenant plusieurs mois, l’Espagne est plongée dans une impasse politique alors que les partis élus au Parlement lors des élections générales du 20 décembre dernier sont toujours incapables de s’entendre sur la formation d’un gouvernement.

Les dernières élections ont non seulement fait perdre au Parti populaire (PP – droite d’origine franquiste) sa majorité absolue à la Chambre des députés, mais elles ont aussi et surtout signifié la fin du bipartisme qui a dominé la scène politique espagnole depuis 1982.

En effet, la composition de la Chambre des députés reflète autant la dégringolade du PP et du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui se partageaient le pouvoir depuis plus de 30 ans –passant respectivement de 186 à 123 et de 110 à 90 députés –, que la montée de deux nouvelles forces politiques : Podemos (gauche), avec 69 députés, et Ciudadanos (centre droit), avec 40 députés.

Nous sommes donc devant un scénario inédit depuis l’instauration de la démocratie en Espagne : aucune alliance entre les partis de gauche ou entre les partis de droite ne permettrait d’atteindre la majorité nécessaire (176 députés) pour former un gouvernement stable. Une alliance entre le Parti populaire et Ciudadanos donnerait en effet 163 députés, et entre le PSOE et Podemos, 159 députés. Cette situation oblige donc des alliances entre forces politiques de droite et de gauche, ce qui n’est pas évident vu leurs orientations et intérêts divergents.

L’accord récemment conclu entre le PSOE et Ciudadanos, donnant 130 députés, n’a pas permis de former un gouvernement, car toutes les autres forces politiques s’y sont opposé. Il reste donc deux autres possibilités pour former un gouvernement stable.

La première, c’est l’alliance entre le PSOE et le PP, qui serait forte de 213 députés. Toutefois elle s’avère improbable, étant donné qu’elle serait incomprise et décriée par la majorité des électeurs de chacun des partis, ce qui risquerait de leur coûter cher aux prochaines élections. Par contre, elle pourrait être défendue comme une mesure exceptionnelle afin de faire face au danger que représente la « menace » indépendantiste catalane.

L’autre possibilité réside dans l’appui des partis indépendantistes en faveur de l’une ou l’autre des alliances. Les partis catalans, à savoir La Gauche républicaine de Catalogne et Democràcia i Libertat, comptent respectivement 9 et 8 députés ; le parti basque : 2 députés. Une alliance entre le PSOE, Podemos et ces partis indépendantistes représenterait 176 députés, soit la majorité absolue. Néanmoins cette possibilité est assez improbable, puisque les 17 députés indépendantistes catalans exigeraient pour cela du nouveau gouvernement la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Or, sauf Podemos, aucun des autres partis n’est disposé à accepter cette exigence. C’est précisément le fait que Podemos en ait fait une condition sine qua non pour un pacte avec le PSOE qu’une entente a été impossible jusqu’à présent. La grande majorité de dirigeants du PSOE ne veulent absolument pas s’engager à autoriser la tenue d’un référendum en Catalogne. Ils préféreraient de loin gouverner en coalition avec le PP.

Nous sommes donc dans une situation de blocage politique profond qui ne peut se résoudre que par l’élection d’un gouvernement d’unité nationale entre le PP et le PSOE ou par la convocation de nouvelles élections, qui n’auraient pas lieu avant le mois de juin 2016. Cette impasse politique bénéficie largement au processus vers l’indépendance de la Catalogne, mené avec force par le nouveau président catalan, Carles Puigdemont.

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À propos de l'auteur

Agustí Nicolau-Coll

L'auteur est responsable des activités publiques au Centre justice et foi et vice-président du Cercle culturel Catalan du Québec