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Patrimoine architectural à Montréal : du façadisme à «l’extensionnisme»?

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L’été est l’occasion d’arpenter les rues de Montréal en se réjouissant de ce qui y pousse de bien – par delà les cônes orange ! – comme les terrasses, les ruelles vertes, les saillies de trottoirs fleuries, etc. Mais lorsqu’on se promène cheveux au vent et nez en l’air, ce qu’on voit aussi pousser sur les toits des maisons, ce sont de disgracieux ajouts de mezzanines en hauteur.

Certes les cas d’ajouts douteux à des édifices ne datent pas d’hier à Montréal, mais les exemples de mezzanines en hauteur semblent se multiplier actuellement et touchent tant le patrimoine d’anciens quartiers ouvriers que le patrimoine victorien, par exemple. Contrairement aux terrasses sur les toits, ces véritables extensions de maisons sont des constructions bien visibles de la rue. Elles brisent souvent l’intégrité architecturale des immeubles et entraînent une différence de hauteur et de volume entre les bâtiments (appelée « rupture d’échelle ») qui affecte la cohésion d’ensemble. Certaines de ces constructions sont relativement sobres, d’autres sont de mauvais goût, mais les plus aberrantes sont celles qu’on permet avenue Laval et rue Cherrier, par exemple.

Ces rues d’une grande richesse patrimoniale, figurant dans le Répertoire du patrimoine bâti de Montréal, se trouvent ainsi de plus en plus enlaidies, ce qui aggrave une situation où, déjà, il semble permis d’y construire n’importe quoi dès qu’un espace vide se libère (en raison d’un incendie par exemple). De surcroît, on trouve par exemple, rue Cherrier[1], des cas de façadisme et « d’extensionnisme ».

Dans « Un patrimoine de façade », un article faisant partie d’un excellent dossier publié dans Le Devoir le 9 avril 2016, Jean-François Nadeau dénonçait le façadisme, « cette pratique urbanistique qui consiste à ne conserver que la façade de bâtiments anciens pour vouer le reste aux démolisseurs ». Le phénomène serait en plein essor dans une province déjà marquée par de multiples catastrophes urbanistiques, comme le déplore si bien Bernard Émond dans un texte intitulé « État des lieux », publié dans Relations.

Certains tenteront d’expliquer ces pratiques par la nécessité de densifier les quartiers et de contrer l’étalement urbain. Des familles qui en ont les moyens choisissent en effet de réaliser un agrandissement sur le toit de leur maison plutôt que de s’exiler en banlieue, ce qui semble bien, mais cela justifie-t-il de défigurer pour autant des bâtiments centenaires – classés historiques ou non – et le profil de nos rues ? La question se pose.

Dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, c’est en vertu d’un règlement adopté en 2001 que cette pratique des ajouts de mezzanines aux bâtiments est permise[2]. Cela date donc de l’époque où Helen Fotopulos du parti Union Montréal en était la mairesse (2002-2009). L’arrondissement exige une facture architecturale contemporaine afin que ces nouveaux ajouts se démarquent bien et que l’on voie dans quelle période ils s’inscrivent. Pour se démarquer, ils se démarquent! C’est tout le problème. Cette approche est très contestable et les citoyens et les citoyennes auront l’occasion de la remettre en question lors d’une consultation à ce sujet qui devrait être lancée d’ici la fin de l’été. D’ici là, il importe de s’informer et aussi d’appuyer les organismes et les propriétaires qui se préoccupent du patrimoine bâti. Héritage Montréal vient d’ailleurs de saluer la démarche beaucoup plus inspirante du refuge pour femmes en difficulté Chez Doris, situé rue Chomedey, qui s’efforce de préserver l’intégrité du bâtiment victorien qu’il occupe.

[1] On peut voir sur cette photo l’édifice qui se trouve rue Cherrier (coin St-Hubert) tel qu’il était avant qu’on y ajoute une mezzanine (voir notre photo).

[2] En gros, il suffit que la hauteur prescrite en mètres soit respectée et que la superficie de la mezzanine soit inférieure à 40 % de l’étage directement sous elle. Tout projet de mezzanine doit passer par le comité consultatif d’urbanisme qui émet un avis (favorable ou défavorable) et des conditions à la délivrance du permis.

D’autres exemples (cliquez sur la photo) :

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Rue Waverly, près de Bernard

Rue Clark, près de Fairmount

Rue Clark, près de Fairmount

Avenue Laval, près du Carré Saint-Louis

Avenue Laval, près du Carré Saint-Louis

Le 5677, avenue du Parc (dans ce cas la façade d’origine de style Beaux-Arts a été révélée et restaurée, ce qui est bien, mais c’est un cas de façadisme et d’«extensionnisme»)

 

 

 

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À propos de l'auteur

Catherine Caron

L'auteure est rédactrice en chef adjointe à la revue Relations.