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Le crucifix n’est pas un fétiche identitaire!

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Si l’on croit qu’être catholique, ce n’est pas tant une « identité » à défendre ou à brandir qu’un appel à suivre humblement le Christ et son Évangile, on ne peut qu’éprouver un profond malaise devant le débat qui s’est récemment tenu à propos du crucifix de l’Hôpital du Saint-Sacrement de Québec.

À la suite d’une plainte, l’objet religieux a été décroché du mur du hall d’entrée de l’établissement. La direction avait jugé, sur la base de son interprétation de la jurisprudence, que c’était la chose à faire. Nous vivons dans une société de droit. Les institutions publiques ont un devoir de neutralité religieuse. Mais le 1er mars, devant le tollé populaire, l’hôpital a fait marche arrière. Un grand nombre de personnes pourront crier victoire. Pour ma part, je ne crois pas que l’Église catholique et la société québécoises en sortent grandies.

À la suggestion du Diocèse de Québec, une fiche d’interprétation viendra  expliquer et « réduire » ce crucifix à un artefact patrimonial. Espérons que cela puisse suffire à calmer les croisés de la laïcité dogmatique. Pourrons-nous ainsi éviter à la direction de l’hôpital de longues et onéreuses procédures juridiques ? Alors que notre système de santé est aux prises avec des problèmes tellement plus urgents – entre autres à cause d’idéologiques politiques d’austérité –, souhaitons-le !

Cette triste affaire aura malheureusement dérapé. À un point tel que, selon Le Soleil du 28 février, « une importante menace à l’intégrité de l’hôpital et de ses dirigeants avait été reçue ». Des menaces violentes faites au nom d’un crucifix ? Alors que ce dernier est le signe par excellence de l’amour inconditionnel, de la miséricorde absolue et du don de soi ? La contradiction est totale !

Mais ce qui est encore plus troublant, c’est de constater que des croyants et des autorités religieuses se sont associés – sans gêne – à la cabale de certains animateurs de « radio-poubelle » de Québec qui ont instrumentalisé ce débat. Ces derniers prêchent sur les ondes, depuis des années, l’exact contraire de l’Évangile. Ils propagent en effet la haine et le mépris envers le prochain : les féministes, les pauvres, les handicapés, les assistés sociaux, les écologistes, les artistes, les personnes LGBTQ, les immigrants, les musulmans et toutes les figures publiques qui remettent en question le statu quo… Et aujourd’hui, ces mêmes agitateurs se targuent de défendre la croix du Christ ? On nage en plein délire !

En outre, contrairement à ce qui a pu être avancé, le respect de la mémoire des religieuses n’était pas en cause ici. Le CHU de Québec ayant bien précisé « qu’une plaque rendant hommage au travail d’édification de la communauté des Sœurs de la Charité est déjà présente dans le hall d’entrée de l’Hôpital. Les prochains travaux de rénovation du hall d’entrée nous donneront par ailleurs l’occasion d’encore mieux mettre en valeur l’apport historique légué par les religieuses dans l’édification de l’Hôpital du Saint-Sacrement. »

À ceux et celles qui pavoisent après cette volte-face, il faudrait donc rappeler que le crucifix n’est pas un fétiche identitaire ! Pour les chrétiens en tout cas, il n’est pas réductible à une pièce de patrimoine ou à une oriflamme nationaliste. Être fidèle au Christ est bien plus exigeant : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Honorer notre histoire et notre foi, par-delà le maintien ou non d’un crucifix sur un mur, est beaucoup plus radical. Il s’agit de s’engager envers tous ceux et celles à qui le Christ s’est identifié : prendre soin des malades, nourrir les affamés, visiter les prisonniers, vêtir ceux qui sont nus, partager avec les pauvres, accompagner les souffrants, accueillir les étrangers et faire justice aux opprimés et à tous ceux et celles qui ont été abusés.

En ce temps de carême, puissions-nous revenir à ces vérités plus sérieuses et fondamentales.

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À propos de l'auteur

L'auteur, collaborateur à la revue Relations, est délégué à l’apostolat social et adjoint aux communications de la Province jésuite du Canada français (GLC)