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Représentativité des femmes aux postes de pouvoir : retour sur la campagne électorale canadienne de 2019

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La question est loin d’être nouvelle : quand la parité et la juste représentativité des femmes dans l’arène politique seront-elles atteintes ? L’attente est longue.

Pour tâcher d’y répondre, il est nécessaire de s’appuyer sur des analyses et des recherches. Le site du Conseil du statut de la femme est certainement parmi les références : les publications et les études disponibles sous les mots clés « femmes » et « politique » s’y chiffrent à un peu plus d’une centaine. Ce rapport, datant de 1978, soulevait déjà les enjeux, parlant d’une absence des femmes dans les structures de décision (p.279).

Entre sous-représentativité et violence dans la sphère publique
Sans crier au loup, rappelons la quasi-invisibilité des femmes lors des débats des chefs, même en 2019. Que faire pour que les candidates aient voix au chapitre ? Sur les médias sociaux, le déplorable paroxysme du débat sur l’avortement qui s’est déroulé le 2 octobre dernier – sans les femmes – a été souligné [1].

Il ne faudrait pas crier au loup, car de fortes candidatures de femmes s’observent dans la sphère politique. En 2015, tout comme en 2019, la parité au conseil des ministres du Parti libéral du Canada (PLC) est un progrès qu’il faut souligner. Dans la députation du nouveau gouvernement Trudeau, on note une mince avancée. En effet, en 2015, 88 femmes ont été élues, ce qui représentait 26 % du nombre total de députés, alors qu’en 2019, on en compte 98, soit 29 % du total. Quelques rares privilégiées sont admirées, même parmi les militantes et les militants de d’autres partis.

En politique, on le sait, il ne faut pas avoir froid aux yeux, que ce soit pour négocier des traités de libre-échange ou des accords avec des géants comme Netflix. De surcroît, les femmes doivent être capables d’endurer quelques doses de masculinisme, de domination masculine et de violence dans la sphère publique. Comme le souligne Manon Cornellier dans Le Devoir, le phénomène de harcèlement en ligne est loin d’être anodin. Faut-il rappeler que certaines politiciennes sont allées jusqu’à demander l’aide de la police, se sentant atteintes dans leur sécurité et leur droit à l’intégrité ? Dans ce sens, la députée de Québec solidaire Christine Labrie a déposé une motion à l’Assemblée nationale le 27 novembre dernier. Par ailleurs, comment les femmes peuvent-elles se créer une « niche » dans les discussions politiques sachant qu’il y aura de sempiternelles réactions désagréables au sujet de leur apparence ?

La parité, un enjeu dans bien d’autres domaines
Par quels moyens les femmes peuvent-elles gagner du temps pour éviter que la parité tombe à la fin de la liste des priorités ? Le groupe Femmes, Politique et Démocratie a notamment comme mission de « promouvoir une plus grande participation des femmes à la vie politique ». Il faut prendre des moyens pour diminuer patiemment les barrières et les obstacles qui entravent la participation pleine et entière des femmes en politique.

Si on regarde ailleurs, dans le monde universitaire par exemple, la FAÉCUM (Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal) s’est intéressée à la sous-représentativité des femmes dans les instances décisionnelles, une réalité qu’on observe aussi dans les associations étudiantes. De telles initiatives non partisanes sont certainement pertinentes, mais est-ce suffisant ? Les changements souhaités ne devraient-ils pas viser tous les espaces de vie des femmes ? Il semble que la puissance de la pensée féministe soit capable d’investir spécifiquement les lieux de pouvoir, sans délaisser les autres domaines d’action.

La sous-représentativité des femmes dans les instances décisionnelles et les lieux de pouvoir ? Cherchez et vous trouverez ! Tant en politique fédérale, que provinciale ou municipale. En éducation supérieure. Ou encore dans la sphère religieuse, dans le monde des affaires, le sport, le cinéma et dans les postes de cadres et de haute direction. Bref, partout là où sont niées ces questions et où on se permet de les banaliser. Partout où on résiste au droit à l’égalité et à l’équité dans toutes les institutions.

 

[1] Mur Facebook d’Isabelle Boisclair, 2 octobre 2019. La publication a généré 77 émoticons et 28 commentaires. Elle se lit comme suit : « Quatre hommes discutent du droit des femmes à l’avortement. Le fait même que cette conversation ait encore lieu les disqualifie. Ils devraient dire : je n’ai pas à me prononcer là-dessus, c’est aux femmes de décider. #ohwait elles sont absentes du #débat. »

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À propos de l'auteur

Mireille D'Astous

L’auteure, doctorante en éthique et théologie à l’Université Laval et boursière au Centre justice et foi, est membre du comité de rédaction de Relations